185 Jours



Pensées d’une baroudeuse
Maylis Moubarak ©2026






TOTAL READING TIME: 30 MIN - WRITTEN IN FRENCH (70%) & ENGLISH
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CHAPTER 2   Plaisirs simples

20-25 avril 2019
Huayhuash, Peru


Pictures shot by @judithodm




       
Un trek de cinq jours dans la Cordillère Huayhuash à Huaraz au Pérou, en isolement total dans une beauté pure. Une thérapie du bonheur.

Il fait froid. Nous sommes à 4800 mètres d'altitude. La montée est raide et rude. Nos poumons soufflent fort mais gonflent faiblement, tristes du peu d'air qui les entoure. Qu'est-ce qui nous pousse à continuer la montée ?

La montagne, c'est toujours un challenge personnel, une aventure qui nous oblige à nous pousser plus loin, à supporter la douleur physique et mentale, car ce qu'elle nous offre en retour, tout au bout, vaut tout l'effort du monde. 

Une randonnée dans la montagne est une métaphore parfaite du chemin de la vie. La marche est ponctuée d'obstacles, de sentiments de joie et de peur, de persévérance et de courage. Et on poursuit la route malgré les obstacles, on continue de vivre, car on sait qu'il y a quelque chose qui nous attend, là-bas, là-haut, quelque chose de beau, qui nous fait vivre, qui nous fait marcher de plus belle. 

Jusqu'à ce que le chemin s'éteigne, continuons de marcher dans la joie !




Notre guide

Réveil à quatre heures du matin. On enfile nos chaussures gelées (il pouvait faire jusqu’à moins dix degrés la nuit, et la rosée du matin déposait une fine couche de glace sur nos affaires), et on commence la première ascension. Mes pieds sont frigorifiés malgré de bonnes chaussettes. J’avance péniblement, les yeux rivés au sol. Mon guide a des chaussettes en coton Nike toutes fines. Ça ne semble pas lui poser problème. 

On souffle comme des buffles à chaque montée, mais lui, né dans le creux de cette chaîne de montagnes, à 4300 mètres, a un corps adapté aux conditions et grimpe avec élégance — des pas sûrs, rapides et puissants. Je lui ai demandé s'il souhaitait vivre plus bas un jour, à Huaraz — ville qui bourdonne de monde et de couleurs. Il m'a dit, “ici, il y a la vue, mon père, mon cheval, et de la truite. Tant qu'il y a de la truite, je suis content”. 

On arrive dans son “village” : quatre huttes dans un champ près d’un lac au pied d’un glacier. Sa maison est sommaire : une simple cheminée dans une maison d'hobbit en pierre avec un toit de chaume, un sol de terre battue, un matelas de paille sur un lit taillé dans la roche. Une chaise, une table, rien de plus. Pas d'armoire. Pas de cuisine. Juste ce qu’il faut pour survivre.

Il pêche de la truite avec un bâton de bois et un asticot accroché au bout d'un fil, tel un Robinson Crusoé des montagnes. Il fabrique quatre cannes à pêche rustiques, et on s’y met tous. En trente minutes, il attrape une dizaine de truites. Nous, pas une.